Alors que le gouvernement met en place le statut
OMNIO, indispensable contrepartie aux sauts d’index de 80-88 et à la
suppression de la liaison des revenus de remplacement au bien-être, l’accord
dento-mut, d’application ce 9 mars, supprime de facto le tiers-payant,
exigeant, pour pouvoir soigner en tiers-payant un patient en détresse
financière permanente (VIPO., chômeur), de soigner d’abord un patient qui sait
payer ses soins, et pour pouvoir soigner en tiers-payant un patient en
détresse financière momentanée (famille monoparentale fin de mois, famille
nombreuse à la rentrée des classes…) de soigner d’abord 19 patients « riches »
!
Selon la commission dento-mutuelliste, la principale
cause de la persistance de la carie et du déchaussement serait la négligence
et les comportements déviants des patients eux-mêmes, encouragés dans leurs
“vices” par une trop grande accessibilité aux soins dentaires. Ainsi, depuis
1993, la dento-mut la « essaie de donner forme, par le biais d'une politique
de prévention explicite, à la politique de santé dentaire dans le cadre de
l'assurance maladie obligatoire belge. La suppression de l'extraction dentaire
[de la complication d’extraction, de la suture d’extraction (et de leurs
éventuels suppléments nuit/w.e.), du détartrage curatif, des dentiers des
jeunes, du tiers-payant, du forfait caputaire –trop “club-med”! -
1 > , des
gardes2 ] était un choix pris consciemment dans ce cadre
», déclarait le ministre Vandenbroecke lors qu’une question parlementaire.
3 La dento-mut lance la même année la “nomenclature-bonus”:
certains soins ne sont remboursés qu’aux “bons élèves” qui passent deux fois
par an chez leur dentiste.
4
Enfin, toujours en 1993, le fluor est
démédicalisé: dentifrice fluoré, chewing-gum fluoré, sel fluoré, lait fluorés,
comprimés fluorés seront en vente libre 10 ans.
La clé de la prévention serait la responsabilisation
du patient; la peur de la dépense, le moteur de la mutation épidémiologique;
la dentisterie sociale, une pratique non déontologique.
Quels sont aujourd’hui les fruits de cette “politique
de prévention explicite” ?
Dès 2003, Alvoet rémédicalise le fluor en
catastrophe: 15 % des enfants souffrent de fluorose sévère… Certaines mamans
se sont montrées trop responsables…
L’enquête épidémiologique sur la santé dentaire des
jeunes du Hainaut publiée ce 14 février dernier le démontre, la «
responsabilisation » par l’interdiction du tiers-payant et le déremboursement
de l’extraction, du détartrage curatif et des dentiers des jeunes est un
cuisant échec : 72 % des 15-18 ans souffrent de caries, dont 39% sévèrement ;
près de la moitié des caries ne sont pas soignées ! 12% a peine des enfants
ont au moins une dent scellée ! (Les dents définitives des enfants de 18 ans
n’ont fait leur éruption qu’après 1993 ) Le plus dramatique est le « syndrome
de la polycarie de l’enfant » : ces enfants qui souffrent d’une pulpite (rage
de dent) d’un côté, d’un abcès de l’autre, qui ne mange plus que mou, qui ne
dorment plus, qui sont tout maigres, tout pâles, avec de grandes cernes sous
les yeux.
Quant à la santé dentaire de leurs aînés, l'impact de
ces mesures sur la santé publique - réservoir infectieux - et individuelle -
foyer infectieux- pour ces 20% de notre population qui font 60% des besoins de
soins dentaires
5 , qui nécessitent bon an mal an 1.500.000 extractions
par an6 , c’est le XIX ° siècle, c’est le
tiers-monde, c’est "l'épidémie
silencieuse"7 d’ostéïte dentaire , ce foyer infectieux
chronique, équivalent dentaire de la gomme syphilitique ou du caseum
tuberculeux. Les patients humbles ne se payent évidemment pas les extractions
déremboursées à 31,18 €, la complication d’extraction à 11,76 €, la suture
d’extraction à 17,64 €, doublé la nuit/w.e., d’autant moins que la maladie est
généralisée et familiale et qu’il n’y a donc pas qu’une extraction à
financer,8 et que finalement, le message du déremboursement de
l’extraction (et du détartrage) qui est passé dans la population, c’est que
chicots et tartre, ce n’est pas grave: comme disait le professeur Legros à la
télévision à propos de la DHEA et des soins « anti-âge »: “si ce n’est pas
remboursé, c’est que c’est inutile”
Cette épidémie ruine les
efforts de lutte contre l'émergence de souches microbiennes résistantes aux
antibiotiques, suite aux antibiothérapies à répétition dont ont besoin ces
malades ; ceux contre les infections nosocomiales, si 20% des malades, de
leurs visiteurs, et 10% de leur soignants sont infectés et postillonnent des
suintats et exsudats purulents ; ceux contre les dons de sang
infectés/toxiques - on demande aux homos de ne plus donner leur sang... et les
"chicoteux", leurs toxines, leurs microbes, leur vitesse de sédimentation
augmentée ?
Les malades sont astreint à une antibiothérapie tous les
trimestres, et autant de congés maladie; dès que leur santé décline -
chimiothérapie, immunothérapie, et même corticothérapie - l’ostéite, bombe à
retardement, envahit cœur, rein, sinus caverneux...; l’ostéite grandi sans
cesse et fini par fracturer la mâchoire, envahir et infecter les sinus,
déchausser les dents; l’ostéite est reconnue comme facteur de risque dans les
cas d’infarctus, de thromboses cérébrales
et de naissances prématurées.9 L’édentation, stade terminal,
est une punition en terme de relations sociales - comme disait Matteo Alalouf
à une conférence sur le chômage: “payer des formations aux chômeurs, c’est
bien, leur payer des dents, c’est mieux! “ - et de dénutrition – un
édenté vivra 6 ans de moins qu’un denté, et sera dépendant 10 ans plus
tôt.
Pour couronner la “prévention explicite”, les soins
déremboursés se font "en noir" dans notre chère tradition médicale
entrepreneuriale; ce qui implique, pour en camoufler les revenus au fisc, et
compte tenu de la traçabilité des dispositifs médicaux, le réemploi des
aiguilles à usage unique et cartouches d'anesthésique entamées…
Pourtant, “le rôle de la collectivité (l'état) est
primordial, pour organiser l'hygiène collective, le suivi de la santé, l'information et la
sensibilisation 11 ” . Le concitoyen est bien incapable
d’organiser la prévention : entre les initiés, qui en font trop, et les
non-initiés, qui passent à côté, la messe est dite.
La carie dentaire est une maladie bien connue, qui
devrait être « éradiquée » depuis bien longtemps.
Nous distinguons deux
caries principales :
La carie interdentaire, due à un manque de fluor,
connue depuis le début du XX° siècle, et les travaux de Black.
La
carie de la face triturante, 12 due à ses fentes, les « sillons
», connue de toute éternité
La prévention de la carie est donc particulièrement
facile à mettre en œuvre
Fluoration de l’eau de boisson ou du sel de
cuisine pour la 1° (on préfère de nos jour le sel de cuisine, qui permet plus
facilement de respecter le droit du citoyen de ne pas adhérer à la mesure
13 ) . Si 20 % de la population ne brosse pas ses dents,
le dentifrice n’est pas le véhicule adéquat. Ce que font Suisse, France,
Bavière, Etats-Unis…
Scellement des sillons des faces triturantes au fur
et à mesure de l’éruption des dents permanentes, entre 6 et 12 ans,
directement à l’école, (comme on a marginalisé la tuberculose en y envoyant
pneumologues et radiologues), pour la 2°.
14 - les parents peuvent bien évidemment refuser
le scellement. Les Néo-Zélandais ont dès 1927 organisés une prévention
dentaire scolaire, par des infirmières spécialement formées – malheureusement,
sans fluor à l’époque, les résultats ont déçu- ; depuis le fluor, de nombreux
pays (Canada, Etats-Unis, Jamaïque, Samoa…) envoient dans leurs écoles des «
New-Zealand dental nurses ».
C’est une exemple typique de prévention « vétérinaire
» : la population jouit de la prévention automatiquement. (tout en pouvant s’y
opposer).
Dans bien d’autres domaines, notre population
pourrait utilement profiter de la “prévention vétérinaire”- nos voitures
pourraient très bien ne rouler que ceinture de sécurité bouclée – comme en
Floride - et pourraient très bien ne pas pouvoir dépasser les fatidiques
120 km/h. La guerre des radars n’aurait pas lieu. Lors d’un colloque de la
société d’étude du dommage corporel, un intervenant s’en prit violemment aux
ambulanciers et autres secouristes, qui coupent les ceintures de sécurité,
même si elles ne sont pas portées, pour éviter que les assurances puissent ne
pas intervenir… et de nous expliquer comment démontrer que la ceinture n’était
pas bouclée lors de nos expertises, malgré les irresponsabilités des
secouristes. Mais n’était-ce pas aux fabricants dont les voitures savent
rouler ceinture non bouclée qu’il fallait s’en prendre violemment
?..
Par contre, que diriez-vous d’une prévention «
explicite » qui interdirait les assurances automobiles ou même aux ambulances
de monter sur les autoroutes ?…
La dento-mut gère les “affaires sociales” dentaires,
c.à d. l’ensemble des mesures qui évitent à tout concitoyen ruine et
déconfiture face aux aléas de la vie.
La santé publique, c’est une autre discipline,
complémentaire certes: voir ses soins de santé remboursés et ses congés
maladie indemnisés, ce n’est pas mal, certes, mais ne pas tomber malade, c’est
mieux…
L’ABC de la santé publique, c’est de travailler avec
la population cible telle qu’elle est, et non vouloir la changer .
Si 50 %
des jeunes en se brossent pas les dents le matin et 30% ne se les brossent pas
le soir 16 , le
dentifrice n’est visiblement pas le bon “véhicule” de la prévention
fluorée.
Si en dehors des heures scolaires 17 , la
moitié du man-power dentaire décroche pour s’occuper de ses propres enfants,
et l’autre moitié profite de la pénurie de l’offre de soins pour se
déconventionner, il faudra bien organiser la prévention des enfants pendant
les heures scolaires.
Si les familles cario-sensibles sont financièrement
épuisées par le soutien à la croissance de notre société de surconsommation,
par les sauts d’index, par la suppression de la liaison de ses revenus de
remplacement au bien-être, …, pour faire face aux 1250 € de frais dentaires
annuels qu’impliquent l’entretien de ses 125 plombages, les détartrages, les
radiographies, et l’orthodontie des ses 3 enfants, dont 250 € de tickets
modérateurs, et 750 € de soins interdits de tiers-payant, il faut « faire avec
» !
Si la profession ne peut s’empêcher de faire les soins déremboursés "en
noir", quitte à réemployer les aiguilles à usage unique pour le cacher au
fisc, le déremboursement de l’extraction n’est pas la meilleure idée de la
dento-mut.
En fait, la profession fait face, depuis les années
70, avec l’arrivée simultanée du fluor, du scellement de sillon efficace en
plastique, et du détartrage efficace aux ultrasons, à la « mutation
épidémiologique » qu’ont connue avant nous les pneumologues avec l’arrivée des
antibiotiques et la fermeture de leur sanatorium, les gynécologues avec la
pilule et la fin des familles nombreuses, etc.
Les deux « mutations épidémiologiques » sont les
chutes de prévalence que connaît une maladie dès que la prévention est
découverte et accessible – c’est la 1° mutation épidémiologique ; la
population financièrement et culturellement aisée, et pas trop sensible à la
maladie, profite de la prévention ; la prévalence de la maladie chute à ± 20 %
de la population ; c’est la « socialisation » de la maladie, qui n’atteint
plus que les pauvres – et dès que la prévention vétérinaire est organisée –
les derniers 19,8 % de la population en profite, c’est la « marginalisation »
de la maladie ; ne restent plus que les 0.2 % de marginaux, qui n’envoient pas
leurs enfants à l’école dans notre exemple, ou qui n’ont pas accès à
l’eau de distribution -. Pour la variole, on a réussi la dernière mutation
épidémiologique, « l’éradication ».
Les patients financièrement et culturellement aisés
n’ont attendu ni la démédicalisation du fluor (1993) ni le remboursement des
scellements de sillon (1988), ni leur autorisation de tiers-payant (2005) pour
en profiter et en faire profiter leurs enfants ; eux même évitent les
récidives de caries sous leurs plombages (prévention tertiaire) ; leurs
enfants, nés après 1970, sont indemnes, ou en tout cas, ne souffrent plus que
de moins de 5 faces dentaires cariées (prévention primaire).
L’étude épidémiologique récente de l’Observatoire du
Hainaut montre une prévalence de 40 % ; la 1° mutation épidémiologique «
spontanée » n’est même pas achevée ! C’est signe de la méconnaissance de la
prévention : qui en Belgique sait que les dents des enfants doivent être
scellées ? Pour le Belge même culturellement aisé, la carie est encore et
toujours due au couple sucre/mauvais brossage. La prévention ne doit pas être
un délit d’initié !
La prévention « explicite », promotionnée par la
profession, serait-elle celle de la mutation épidémiologique ? ?
?
Embourg, ce 30.3.2007, PY Loiseau, LSD, président
asbl « dentisterie sociale ».